Maria Guilbert, artiste peintre

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Préface du livret "Maria Guilbert, peintures récentes" édité par par la galerie GNG

"Boîte de verre, montagne noire, joue rosée, peau de neige, lèvres rouge de sang, le conte de Blanche-Neige, si connu, ourle tout au long de son récit ce que l’on pourrait nommer une partition d’effets visuels. Citons simplement un extrait lorsque les nains entourant la jeune fille blanche et « fraîche comme un être vivant » décident qu’elle ne peut être enterrée dans la terre noire » et qu’aussi « Ils fabriquèrent un cercueil de verre transparent où l’on pourrait la voir de tous les cotés, l’y installèrent et écrivirent dessus son nom en lettres d’or, en ajoutant qu’elle était fille de roi ». Ce n’est pas un hasard si l’histoire dont le motif est la beauté sans égale et sans fin, suscite à ce point l’allusion à la vue. Livre d’images, le texte des frères-Grimm sera d’ailleurs accompagné, dès sa première publication, de vignettes dessinées par le frère cadet, Ludwig Emil Grimm, pour une oeuvre familiale à plusieurs mains. Vie, plutôt que mort, de l’image, aux sources du mythe de Faust à celui de Narcisse, jamais l’art ne se résout tout à fait à s’endeuiller : des pommiers rendus presque abstraits de Mondrian à l’effusion de formes caricaturales et populaires d’un Philipe Guston, le travail de peinture, dans sa période moderne ou actuelle, semble tisser ou détisser la transcription d’un monde vu et filtré.

Les peintures de Maria Guilbert poursuivent ce chemin et semblent aussi advenir à notre regard, par la résurgence de récits, suscités davantage que décrits, qui les accompagne. Que voit-on ? Des jeunes femmes encapuchonnées qui errent dans un pays vert, une autre au visage caché d’une ombrelle pourpre, un homme à tête de loup ou une figure féminine, aux longs cheveux, dont le bras posé sur la plage marque un abandon songeur. II n’y a pas de grand drame ni de chaos ; plutôt des corps qui semblent habiter la surface de la toile comme la surface d’une terre, avec une infinie mélancolie. Regard baissé ou juste révélé par un miroir, chaque figure confie son destin au délassement, au travestissement comme à la fugue. Pays d’Arcadie que peuplent, à égale fraternité, les bêtes sauvages et les hommes ? Ou escapade dans des contrées sages comme des images ? A l’orée d’un monde brutal, à l’écart du bruit violent, malgré tout, Maria Guilbert a la force de peindre ce qui commence toujours par : Il était une fois..."

Laurent Boudier

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